Soutenez le PS

Adhérez au PS

L’eau au Royaume-Uni : « I want my money back »

Les camarades de Sortir de l’impasse reviennent sur la politique industrielle de distribution de l’eau au Royaume-Uni:

Une fois de plus, il est très instructif de se pencher sur l’exemple anglais pour anticiper, sans trop d’erreur, les conséquences futures des privatisations engagées par le gouvernement actuel dans les secteurs du gaz et de l’électricité.

Prenons l’exemple de l’eau qui fait actuellement débat au Royaume-Uni. En l’espace d’un mois, on a assisté à l’acquisition de 3 distributeurs britanniques d’eau par des investisseurs, la dernière offre en date portant sur Thames Water, la 1ère société de distribution d’eau britannique. Parmi les acquéreurs, il y aurait même, selon le quotidien la Tribune de ce jour, l’Etat du Qatar ! Pourquoi un tel engouement ? Tout simplement parce que ces sociétés dégagent d’importants bénéfices. Ainsi la marge opérationnelle de Thames Water a représenté l’an dernier 24% de son chiffre d’affaires ! Les consommateurs anglais ne sont d’ailleurs pas dupes : 80% d’entre eux estiment que les bénéfices des distributeurs d’eau sont trop élevés.

La question qui se pose est bien de savoir comment on en est arrivé là. Partons du commencement. La quasi totalité des distributeurs d’eau a été privatisée en 1989 par le gouvernement Thatcher, et soumis au contrôle d’un régulateur, l’Ofwat, chargé de fixer et de contrôler le prix maximum de vente de l’eau. Ce prix maximum est déterminé en fonction des investissements nécessaires, du chiffre d’affaires et des bénéfices attendus, il est révisé tous les 5 ans.

Sur la période 1990-1995, ce prix maximum était confortable et a permis aux sociétés de dégager des bénéfices, attirant ainsi les investisseurs. Jugée trop généreuse, l’Ofwat a, sur la période 1995-2000, révisé à la baisse le prix maximum de l’eau, conduisant les investisseurs à déserter les distributeurs d’eau, entraînant, pour ces derniers, des difficultés pour trouver les financements nécessaires à leurs investissements. Quant à la période 2005-2010, elle s’annonce plus fastueuse. Les distributeurs sont autorisés à augmenter leur prix à hauteur de 4,2% au-dessus de l’inflation par an, soit une augmentation moyenne de 45 livres sterling (60 euros) par ménage et par an.

Au-delà des prix, l’Ofwat est censé mettre en œuvre une régulation des investissements, visant à s’assurer du bon état des réseaux de distribution. Or ce point ne fonctionne pas : ainsi l’Ofwat, constatant que Thames Water ne respectait pas ses engagements, lui a adressé plusieurs injonctions qui à ce stade sont restées sans suite. En juin dernier, la presse anglaise indiquait que près de 13 millions d’usagers du Sud Est de l’Angleterre avaient subi des restrictions d’eau. Pour le gouvernement et les distributeurs, ces restrictions étaient dues aux faibles pluies. Mais au même moment des statistiques officielles révélaient que 3,5 milliards de litres d’eau étaient perdus chaque jour du fait de conduites cassées ou mal entretenues !

Cet exemple illustre une fois de plus la « mollesse » des outils de régulation, peu adaptés pour se positionner face à des logiques uniquement financières. C’est d’ailleurs pour cela que, dans la contribution « Sortir de l’impasse » de juillet 2005, nous invitions les Socialistes à ne plus se contenter « des outils rouillés d’une régulation molle, menée par des agences indépendantes sans aucune responsabilité politique et qui ne sont parvenues qu’à pérenniser les situations acquises ».

par Sortir de l’impasse

Les commentaires sont fermés pour cet article