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Élections municipales à Londres : analyse de la situation au jour du vote

Bonjour,

Pour votre information, voici un bilan de la situation à quelques heures des élections municipales à Londres.

La mairie de Londres

Les enjeux de l’élection à City Hall, la Mairie de Londres, sont aussi grands que l’est la capitale britannique : Londres est la ville d’Europe la plus importante en termes de superficie et de nombre d’habitants, avec 7,2 millions d’habitants (dont 5,9 millions d’électeurs). Le futur maire devra exercer ses fonctions dans un contexte national difficile, plus difficile que celui expérimenté par Ken Livingstone pendant ses deux premiers mandats. La forte dépendance de l’économie londonienne du secteur tertiaire et notamment des services financiers risque d’alourdir les conséquences de la crise des marchés financiers et du retour de l’inflation (avec coûts élevés du logement, de l’alimentation et de l’énergie), dans un contexte plus austère de limitation des dépenses publiques et de pression fiscale à la hausse. Les mégaprojets qui devront être supervisés par le maire, extension de la ligne de métro vers l’Est de la capitale, gestion de Crossrail, planification urbaine en vue des Jeux Olympiques, seront affectés par cette nouvelle donne économique, après dix années de croissance forte de la ville, d’investissements importants dans ses infrastructures et d’un dynamisme croissant reconnu à l’échelle internationale. Par ailleurs, le futur maire entrera en fonction à quelques mois des élections nationales l’année prochaine. Le résultat des municipales et le bilan des premiers mois de mandat du maire joueront sans doute un rôle important dans le rendez-vous électoral de 2009. Selon les commentateurs politiques, Londres est en effet le miroir de l’Angleterre en termes de répartition des votes de ses électeurs.

Londres, terre traditionnellement travailliste, pourrait être gagnée par le député conservateur Boris Johnson, après deux mandats consécutifs occupés par Ken Livingstone. « Ken le Rouge » a survécu aux foudres de Margareth Thatcher et de Tony Blair. Mais sa « durabilité » succombera peut-être à celui que les travaillistes surnomment « Boris le clown « . Boris Johnson, député de Hanley (Oxfordshire), serait si hilarant, avec ses satires et son humour cinglant, qu’il parviendrait même à faire rire ses adversaires. Il en est adoré du public anglais, en dépit des doutes sérieux que soulèvent ses compétences d’homme politique et de gestionnaire.

Des sondages discordants

Aucun nouveau sondage n’a été publié dans les 5 derniers jours de la campagne des municipales. Les conclusions rendues les 24 et 25 avril derniers par Ipsos-Mori et YouGov restent les derniers indicatifs disponibles des intentions de vote des électeurs londoniens. Selon Ipsos-Mori, Ken Livingstone remporterait la mise avec 41% des voix, contre 38% pour son adversaire conservateur. Le sondeur YouGov estimait pour le compte du London Evening Standard que Johnson sortirait gagnant avec 46% des voix contre 35% pour le candidat du parti travailliste. La légitimité des méthodes utilisées auprès des sondés a été contestée dans les deux cas. Le seul mérite des sondages menés pendant la campagne a été celui de montrer à quel point les deux candidats en tête mènent une lutte serrée. Chez les journalistes et dans le monde politique, le doute règne tant le partage des voix semble être difficile à présager. Et 10% des sondés se déclarent indécis.

Un rapport publié par la Commission électorale estime que l’absence d’inscription sur les listes électorales touche une forte proportion de la population londonienne. Le candidat du Labour est susceptible de pâtir de cet état de fait. Les catégories les plus concernées, -les jeunes (27% des 25-34 ans ne figurent pas sur les listes électorales), les locataires et les minorités ethniques, forment une partie importante de l’électorat qui s’est montré fidèle a Ken Livingstone pendant huit ans. À l’inverse, moins de 5% des personnes âgées de plus de 65 ans ne sont pas inscrites sur le registre électoral, alors même que la majorité des quelques 1 million de « seniors » résidant à Londres se tournent traditionnellement vers le vote conservateur. Au sein de la population européenne à Londres, également estimée à 1 million de résidents, il semble que bon nombre d’électeurs potentiels n’aient pas pris conscience, à l’occasion de ces élections, de la possibilité qui leur est offerte de voter.

L’incertitude du vote européen

Les candidats ont, quant à eux, réalisé l’importance de ce vote européen en fin de campagne. Boris Johnson a rencontré des représentants de la communauté française de Londres, forte de quelques 250 000 ressortissants. Une semaine plus tard, le 26 avril, Ken Livingstone accueillait le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, pour présenter une conférence de presse conjointe et s’adresser également aux Français présents pour l’occasion au siège du Labour Party. En dépit du temps très court qui nous avait été imparti pour organiser la journée, quelques 100 personnes se sont inscrites et 70 environ ont participé à l’évènement. On peut regretter l’absence des journalistes britanniques à la conférence de presse, la contre-manifestation organisée par les militants de Boris Johnson à Islington, ou encore le faible nombre de militants de la section venus nous représenter. Néanmoins, la journée s’est dans l’ensemble bien déroulée. La solidarité électorale transfrontière, c’est aussi cela la mondialisation. Il faut saluer le geste fraternel posé par le Maire de Paris.
L’engagement européen de Ken Livingstone contraste fortement avec l’anti-européanisme de Monsieur Johnson. Bertrand Delanoë a d’ailleurs souligné le danger d’isoler la capitale britannique du reste de l’Europe si la ville devait être dirigée par un homme prompt à dénoncer l’hérésie que constitue à ses yeux l’Union européenne. Quelle serait la place d’un Boris Johnson à Rome, à Berlin ou à Moscou, au sein du cercle des maires de capitales amenés à se consulter régulièrement sur les questions d’environnement ou d’immigration ? Bertrand Delanoë a souligné l’importance d’une compétition interurbaine stimulante au niveau européen et n’a pas caché ses doutes quant à l’habileté du candidat conservateur à défendre la place de Londres devant ses homologues internationaux. Pour toute réponse, Boris Johnson revendique la « rebritannisation » de son pays.

Les propos nationalistes et à connotation raciste de Johnson, qui n’a pas hésité dans le passé à parler, par exemple, des «négrillons », expliquent que le British National Party (BNP, équivalent britannique du Front National) ait appelé ses électeurs à voter pour le candidat conservateur en second choix. Les écrits passés des candidats sont révélateurs. Pendant que Ken Livingstone dénonçait en 2006 les discriminations à l’emploi et les crimes racistes qui touchent particulièrement les communautés musulmanes à Londres, Boris Johnson s’exprimait en ces termes : « Web have reached a turning point in the relations between the Muslim community and the rest of us. We need to go beyond condemning, we need to confront ». Dans ce discours de politique dure, on note qu’aucune distinction n’est établie entre les musulmans qui partagent la foi de l’islam et les islamistes qui revendiquent une idéologie fondée sur la violence.

Les candidats au poste de maire se sont aussi intéressés au vote des Polonais, en se disputant les ondes de la radio polonaise locale et en recherchant le soutien de responsables politiques susceptibles de leur apporter, depuis la Pologne, leur soutien officiel. Le vote européen reste néanmoins l’inconnue de ces élections, les candidats n’ayant pas pleinement cherché à convaincre les électeurs européens, difficiles à identifier et à mobiliser. Ce nouveau paradigme, celui d’un électorat européen mouvant, devra être pris en compte pour préparer les élections au Parlement européen en 2009.

Bilans et programmes

Dans Le Monde daté du mercredi 30 avril, la journaliste Marion Van Renterghem explique que la différence entre « Ken et Boris » est « plus affaire d’hommes que de programmes ». C’est peut-être vrai en matière de lutte contre la criminalité et de développement économique. Sécurité des habitants et lutte contre le terrorisme sont au cœur des préoccupations de tous les candidats. Livingstone a fortement augmente le nombre de « bobbies » ou policiers dans les rues de la ville (+ 10 000 en deux mandats) et Boris Johnson promet de renforcer la présence des officiers de police, notamment dans les autobus). En revanche, le candidat du Labour défend des engagements plus forts en matière de logement social. Selon son programme, la moitié des logements à construire dans les 4 prochaines années devraient entrer dans la catégorie des logements subventionnés, vendus ou loués à prix modérés. Côté conservateur, les termes du programme dans ce domaine sont délibérément ambigus : « travailler en coopération avec les conseils municipaux pour construire des logements accessibles aux résidents qui le veulent et le peuvent». Il faut y comprendre que les investisseurs immobiliers pourront continuer de vendre à des prix extravagants des logements londoniens dont les prix sont fixés par la seule loi de l’offre et de la demande.
On pourrait aussi penser que la position des candidats en matière environnementale est comparable. Loin s’en faut. Le bilan de Ken Livingstone est très positif en ce domaine. Londres est, par exemple, la première grande ville du monde a avoir lance début 2007 un programme pluriannuel de lutte contre le changement climatique et présidé à ce titre le C40, groupe d’action réunissant les 40 plus grandes agglomérations chargé de trouver des solutions locales à ce problème global. La fameuse « congestion charge », taxe de péage dans le centre-ville pour les véhicules à moteur, sera augmentée pour les véhicules les plus polluants (4×4 ou « Chelsea tractors », berlines et voitures de sport). A l’inverse, il n’a pas été suffisamment rappelé que Boris Johnson, derrière son récent déguisement écologique, a été élu « l’homme politique britannique le plus anti écologique » par The Independant on Sunday. Johnson avait ainsi approuve, bien avant de se porter candidat a la Mairie de Londres, la décision de George W Bush de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto.
En dépit de ces différences de programme, la sympathie qu’éprouvaient les Londoniens envers Ken Livingstone s’est effritée avec les années. On reprochait à l’homme d’être un gauchiste embrassant des causes parfois douteuses. On lui reproche aujourd’hui les inégalités sociales qui divisent les résidents de la capitale. Les problèmes intercommunautaires n’ont pas été réglés et la question de « l’identité », récurrente dans le discours britannique à l’heure actuelle, a été récupérée par les candidats de la droite. Londres aux Tories, ce serait une nouvelle défaite pour la Gauche européenne. Le regard désemparé de Ken Livingstone il y a quelques jours le laissait présager.

Axelle Lemaire, secrétaire, section de Londres du Parti socialiste

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