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« Socialisme et marché : entre régulation et créativité »: la section vote une motion à l’unanimité

Le débat sur le rapport entre socialisme et libéralisme a temporairement fait rage, après la publication du livre de Bertrand Delanoë en mai. Chacun, parmi nos dirigeants, a alors cherché à se positionner par rapport à la déclaration faite en forme solennelle par le Maire de Paris : « Moi, libéral et socialiste ». Puis le soufflé est retombé, comme le veut le rythme médiatique.

Le rythme militant est, lui, plus lent. De notre réunion du 11 avril dernier était né un projet de motion sur le sujet. Une fois la discussion amorcée, nous l’avons poursuivi de manière collective jusqu’à tout récemment.

Nous aurions souhaité que le sujet du rapport au libéralisme, plus précisément du rapport au marché, soit abordé de façon plus sereine, qu’il engendre un débat d’idées éloigné du dogmatisme et des préoccupations liées au Congrès. Il existe un consensus pour dénoncer les effets néfastes du tout-marché et les abus du néo-libéralisme. Mais, dans l’objectif de contribuer à rénover la réflexion au sein de notre Parti, plusieurs autres pistes restent à explorer. C’est l’objet de la motion votée à l’unanimité par la section du Royaume-Uni vendredi dernier.

« Socialisme et Marché : entre régulation et créativité »

De son combat historique pour l’émancipation des individus, le Parti socialiste doit retrouver le goût de la liberté. La Révolution abattit les privilèges. Le socialisme aujourd’hui doit combattre la rente dans toutes ses dimensions : économique et sociale. En rejetant le tout-marché, nous avons parfois rejeté tout le marché. C’est une erreur. Réduire, dans notre langage, l’ultralibéralisme (économique) au libéralisme (politique), c’est nous tromper d’ennemi.

Le socialisme est profondément et nécessairement égalitaire. La solidarité est, pour nous socialistes, une valeur indispensable. C’est dans le cadre d’une société solidaire que nous redistribuons les ressources, protégeons les plus faibles et promouvons une puissance publique apte à intervenir pour corriger les dérapages du tout-marché. C’est parce que le marché est imparfait que la puissance publique doit le réguler. Le marché, phénomène économique aujourd’hui incontournable, n’a pas l’aptitude à satisfaire tous les besoins sociaux et ne s’encombre pas des considérations écologiques. La puissance publique – que ce soit au niveau local, régional, national ou supranational – se doit d’intervenir comme instrument correctif. Par ailleurs, les besoins fondamentaux de la société, -tels que l’éducation, la santé, la culture-, ne peuvent être des biens soumis au marché. Ils évoluent en dehors de sa sphère. Ils sont des services publics gérés au nom des citoyens, non des consommateurs ou des actionnaires. La mise en concurrence systématique des services publics, tel qu’elle existe au Royaume-Uni, ne doit pas être l’horizon indépassable des politiques françaises et européennes.

La crise financière illustre à quel point la myopie des marchés financiers abandonnés à leurs propres règles est un danger pour la stabilité économique mondiale. Les marchés privatisent les gains et mutualisent les pertes. Quel risque prend un trader dont les gains sont potentiellement illimités mais les pertes fixes ? Quel est le risque que prend une banque d’affaires si elle a la certitude d’être sauvée par l’État ?

Dans ces conditions, quelle place laisser à la créativité? La créativité, émanation du libéralisme politique, est une valeur dont la gauche ne doit pas avoir honte. Lorsqu’elle prend la forme de l’élaboration d’un projet économique individuel, l’entrepreneur doit être perçu comme créateur.

L’entrepreneur peut être une figure socialiste. Celui qui décide de se réaliser par une activité sociale ou économique, celui qui décide de prendre des risques pour créer et innover, mérite notre attention et le soutien de l’action publique. Le socialisme doit encourager l’entrepreneur, mais aussi distinguer celui qui se bat pour réaliser un projet, une source d’investissement et un profit créateur de richesse partagée, -dans le respect et la promotion des droits des salariés et des normes environnementales-, de celui qui abuse d’une rente de situation ou d’une absence de concurrence. L’impôt doit reconnaître ces différences et encourager le premier.

La reconnaissance de l’entrepreneur implique aussi une réflexion mûre sur le rôle de la concurrence économique. Socialistes, nous avons conscience des limites de cette concurrence, mais songeons peu à ses effets dynamisants. Pourtant, nous avons le devoir d’examiner sereinement comment une compétition loyale, une concurrence saine et une prise de risques peuvent être compatibles avec notre vision socialiste.

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