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LA COUVERTURE MEDIATIQUE DU CONGRES DE REIMS

« If the futility of war has been likened to two bald men fighting over a comb then the ferocious electoral stand-off between the two candidates for the Socialist party’s leadership is akin to two well-coiffed women scrapping over a wig. » [1] (John Thornhill, Financial Times, 24 novembre 2008)

1. Recensement
Un recensement exhaustif des références faites, dans la presse écrite généraliste au Royaume-Uni (The Independent, The Times, The Guardian), au Congrès de Reims, à Ségolène Royal et au PS en général entre les 7 et 28 novembre 2008, fait apparaître un nombre important d’articles.
Le journal conservateur The Times s’est intéressé de près au Congrès, avec 8 articles. The Independent a publié 6 articles, tous rédigés par le correspondant à Paris de ce journal atypique.
C’est le Guardian qui a le plus traité du sujet, avec pas moins de 14 articles, dont deux éditoriaux : le premier publié le 18 novembre 2008 (le mardi suivant le Congrès) et le second le 26, au lendemain de la proclamation officielle des résultats sur le vote de la Première secrétaire, en plus d’un article d’opinion paru le 28 novembre et signé de J. Fenby, un journaliste influent de ce journal de centre-gauche.
Le vote sur les motions a suscité peu de commentaires : deux articles du Guardian, au contenu très factuel, précédent et succédant le vote, et un article du Times daté du 8 novembre et titré : « Ségolène Royal savoure sa revanche sur son ancien conjoint dans l’élection pour la direction des Socialistes ».
Il est à noter que les articles publiés avant le vote du second tour de l’élection de la Première secrétaire présentent Ségolène Royal comme déjà victorieuse. La candidate est perçue comme la très probable prochaine dirigeante des socialistes français, même si le caractère inattendu d’un tel résultat est souligné.
Le Congrès en tant que tel a, lui aussi, modérément intéressé les journalistes britanniques. Si leGuardian y a consacré 4 articles, dont un éditorial titré « Champagne sans bulles » ainsi qu’une réflexion de fond sur l’avenir du PS (« Le Pari socialiste est-il sur le point d’exploser ? »), The Independent et le Times se contentent d’un et de deux articles, respectivement (tous de nature informative).
L’essentiel des commentaires dans la presse britannique ont donc été consacré à l’élection du premier secrétaire et aux quelques jours qui suivirent cette élection.
Au-delà des différences de style et d’opinion politiques, les publications étudiées se rejoignent sur la façon dont le Congrès a été tourné en ridicule : au fur et a mesure du déroulement des événements, le ton se fait de plus en plus sarcastique pour atteindre des sommets de cynisme humoristique, pas forcement très éloigné de ce que d’aucun pourrait prendre pour du mépris. Exemple choisi : « On disait avant que la France avait la droite la plus stupide du monde. A cette aune-là, la France s’est manifestement gauchisée » John Lichfield, The Independent, 24/11/08).
Cependant, les points de vue ne sont pas uniformes. Il convient de considérer séparément les propos des 3 principaux journaux d’outre-Manche.

2. The Independent
Dans la couverture qu’il donne du Congrès socialiste, Ségolène Royal est au centre de l’attention de ce journal. Le correspondant à Paris du quotidien, John Litchfield insiste sur sa« popularité en chute libre », et sur sa cote de soutien « dérisoire » de 17% auprès de l’électorat français. Par ailleurs, Ségolène Royal est considérée de la même façon que les autres leaders socialistes, « de vieux barons discrédités ». Plus largement, le journal estime que la fracture du PS, dont il attribut la co-responsabilité à Ségolène Royal et Martine Aubry, vient de l’échec du parti à trouver une façon moderne et convaincante de faire de la politique, là encore sans distinguer Ségolène Royal du reste des figures dominantes du PS, contrairement à ce que font les autres journaux britanniques.
La vision d’un nouveau mouvement social-démocrate défendue par l’ancienne candidate socialiste aux présidentielle de 2007 est qualifiée de « moitié pragmatique, moitié poétique ». Royal est réputée séduire les jeunes socialistes mais suscite, selon J. Litchfield, la « détestation » de beaucoup d’autres.
A propos de l’opposition entre Martine Aubry et Ségolène Royal, celle-ci tient, selon The Independent, à une divergence de vue sur la composition idéale du PS : si Aubry « se satisfait d’une base du PS principalement composée d’instituteurs et de fonctionnaires », Royal veut attirer un public de masse, plus jeune.
Mais le journal ne reconnaît aucune divergence de fond entres les deux candidates. Le journaliste insiste par ailleurs sur la violence de leur opposition : « il n’y a jamais eu de combat entre la droite et la gauche qui ait fait plus appel aux mauvais coups et à l’invective que ce combat fascinant entre centre-gauche et centre-gauche ».
Concernant l’avenir des socialistes, le journaliste indique que si une séparation du PS en deux nouveaux partis est peu probable à court terme, elle n’est plus impensable car il est désormais possible que « Mme Royal soit tentée de jouer la martyre-messie et de créer son propre parti ».
De manière plus anecdotique, relevons quelques-unes des remarques incendiaires lue dans ce journal, qui dénotent une agressivité difficilement contenue envers Ségolène Royal. Ainsi, il est dit à son propos que bien qu’étant candidate à la fonction de Première secrétaire, « elle n’en as ni l’intérêt, ni l’aptitude ». Dans un autre article, parlant du deuxième tour comme d’un combat de « catch féminin dans la boue », Ségolène Royal est présentée comme étant le « chat sauvage du Poitou». Martine Aubry n’est pas en reste, appelée « la cogneuse de Lille », pour laquelle il est dit que Royal n’a qu’un profond mépris, principalement lié au fait qu’elle est, dans l’opinion que lui prête John Litchfield, « un dinosaure mal habillé ».

3. The Times
Le plus ancien quotidien du Royaume-Uni apparaît presque, après la lecture du Independent, comme un journal pro-Royal, en tout cas moins anti-Ségolène. La candidate y est ainsi définie comme une « politicienne moderne et charismatique »
Il est vrai aussi que les jugements rapides y sont principalement réservés à Martine Aubry, le« cheval de bataille de la vieille garde » du PS, une femme aux « performances modestes, engagée dans des politiques de gauche d’arrière garde », et à la gauche en général.
Le ton se fait cependant très « people » quand il s’agit de Ségolène Royal. Chacun des articles présente brièvement l’historique et l’actualité de la vie sentimentale de la présidente de la Région Poitou-Charentes, mentionnant quasi-systématiquement François Hollande et Bruno Gaccio, son« nouveau petit ami », un article de C. Bremner se livrant même au jeu de la comparaison entre les deux hommes, le « gros » (« plump ») et le « plus jeune et séduisant ». La relation entre l’ancien premier secrétaire et Ségolène Royal se voit d’ailleurs accorder beaucoup d’importance dans l’interprétation des démarches respectives de ces deux personnalités du PS : « [Hollande] en a voulu à Royal dès lors qu’elle fut nommée candidate du PS contre Sarkozy, pensant qu’il aurait fait un bien meilleur candidat » tandis que « Mme Royal a accusé Mr Hollande d’être responsable de sa défaite aux présidentielles ».
Le Times relaye aussi des insinuations prêtées à des représentants nationaux du Parti, suggérant que Ségolène Royal souffrirait de troubles psychiatriques. Cette rumeur de bas étage est reprise dans plusieurs articles, sous plusieurs signatures différentes, même s’il est mentionné qu’elle faisait partie d’une campagne « stop Ségo » qui a largement bénéficié à Martine Aubry.
Dans un autre domaine, la campagne de Ségolène Royale est qualifiée « d’évangélique »,tandis que la soirée du Zénith, ce « One-Woman show […] bizarre, entre un spectacle d’humoriste et une émission de télé évangéliste », ne bénéficie pas d’un traitement très différent de celui que lui a réservé la presse française.
Le journal conservateur reconnaît la grande popularité de Ségolène Royal au sein du PS, note sa constance et sa croissance, et l’attribue à son « virage à gauche » récent et au nouveau rôle qu’elle s’est attribuée, celui d’une « quasi-révolutionnaire ».
La stratégie de Ségolène Royal pour le PS est vue comme une tentative de « relancer sous la forme un large « parti du peuple », qui serait son instrument pour une autre candidature aux présidentielles de 2012. »
Bremner estime enfin que la nomination d’Aubry ne représente que la seule victoire « d’une coalition hétéroclite de personnalités de la vieille garde du PS, qui se sont battues contre ce qu’ils ont vu comme une tentative de détournement du parti par une femme leur étant étrangère, charismatique mais néanmoins instable, et visant à le transformer en son fan club personnel ».

4. The Guardian
En contraste avec les propos accusateurs tenus par le seul journaliste de l’Independent autorisé à traiter du congrès de Reims, et le point de vue plus traditionnellement conservateur et anti-gauche manifesté dans les colonnes du Times, le traitement du Guardian se révèle plus modéré.
Ainsi, si Ségolène Royal est définie comme la candidate « glamour » et « messianique » d’une nouvelle gauche, plus « télégénique » que celle qu’elle tend à remplacer, Martine Aubry se voie présentée comme une figure de la « vielle garde » du PS, une femme « traditionaliste », qui reste connue au Royaume-Uni comme la « mère des 35 heures ».
Un article de L. Davies suggère que Madame Royal est à même de rebâtir le parti, si elle utilise à bon escient son image d’une personne « pragmatique » et « charismatique ».
Le Guardian se distingue par son appartenance partisane clairement affichée, comme étant le journal des gens de gauche en Grande-Bretagne. Le congrès de Reims y a été largement traité dans ses pages, et l’on peut supposer que ses lecteurs en connaissent les protagonistes, ce qui limite la nécessité pour ses rédacteurs de les présenter systématiquement par des formules à l’emporte-pièce. Par ailleurs, l’intérêt manifesté par ce journal pour les affaires des socialistes français se retrouve dans le nombre de journalistes ayant couvert les évènements : pas moins de 8 signatures différentes – sans compter les éditoriaux, non signés, qui engagent la rédaction du quotidien collectivement – apparaissent au bas des articles ayant trait au Congrès. Enfin, la place consacrée à l’analyse politique du Congrès est plus importante que dans les autres publications étudiées.
La « bataille des ego » qu’a été le congrès de Reims est jugée globalement inutile, voire même« embarrassante » : « Il y avait [dans la campagne interne] de la rhétorique à volonté, mais bien peu de nouvelles idées, et encore moins de réponses cohérentes aux défis qui se posent à la France ». Autre exemple : « Mme Royal et Mr Delanoë sont tous deux de centre-gauche », mais la principale critique de la première à l’encontre du second est qu’il est « trop libéral sur l’économie », ce qui semble être, pour le Guardian, une contradiction.
Cependant, et bien que cet angle d’approche soit largement utilisé, le congrès n’est pas uniquement ramené à un conflit de personnes. La démarche de Ségolène Royal pour «le renouveau du parti » et sa promesse de « changer le profil d’un parti jugé élitiste et hors du coup » est opposée à celle d’Aubry et des représentants de « la vieille garde qui l’entoure », dont la « détermination à s’accrocher au parti avec lequel ils ont passé toute leur vie ne fait aucun doute ».
Il est également mentionné dans le quotidien que Ségolène Royal a fait l’objet « d’attaques constantes de la part de la vielle garde du parti sur sa politique, son indécision et même sa voix ». Par ailleurs, il est reporté que François Hollande est suspecté de faire « tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer l’ambition de [Ségolène Royal] ». Enfin, si le résultat final du vote sur la première secrétaire est relaté comme un « soulagement profond pour ceux qui ont vu leur parti se déchirer et perdre sa crédibilité », il est également écrit qu’il est une « déception amère pour Royal », à propos de laquelle le Guardian rappelle qu’elle a gagné non seulement le premier tour de scrutin mais également le vote sur les motions.
Un autre marqueur d’une relative bienveillance envers Ségolène Royal, qui tranche avec le recours systématique à l’invective rencontrée dans The Independent et The Times, est le traitement de la soirée du Zénith. Une seule mention en est faite, en l’espace de deux lignes. La journaliste se contente de mentionner que le propos de Ségolène Royal y était « casual », et du même acabit qu’un spectacle de « stand-up », mais elle n’en attribue la critique qu’à « certains dans le parti », ne la présentant pas comme unanime et ne prenant pas position elle-même.
Enfin, le journal tente également d’élever un peu le niveau d’analyse sur la situation. J. Fendby constate que la France est retournée à un « régime de parti unique », à l’image de la situation des années 1980 durant lesquelles les divisions de la droite rendaient cette dernière inaudible et inexistante. Il poursuit en rappelant qu’après 12 ans de présidence Chirac, les socialistes auraient dû gagner les élections en 2007, mais que « Royal et les querelles internes du parti » ont gâché cette occasion. Ce sont les mêmes facteurs qui aujourd’hui « privent la France d’une opposition efficace ». L’article conclut que la principale conséquence en est de laisser « Sarkozy encore plus libre d’agir comme bon lui semble que ne le laisse déjà la constitution quasi-monarchique de la France ».

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ANNEXE : RĒFĒRENCES DES ARTICLES RĒPERTORIĒS

The Guardian
07/11/08 Socialists seek new leader to end feuding and challenge Sarkozy, A. Chrisafis
08/11/08 Ségolène Royal emerges as leading contender to head Socialist party, A. Chrisafis
15/11/08 Knives come out as Socialists meet to search for a leader, A. Chrisafis
17/11/08 Women vie to lead Socialists in France, A. Chrisafis
18/11/08 Champagne falls flat, Editorial
18/11/08 Is the Socialist Party about to explode? A. Poirier
21/11/08 Ségolène Royal leads race to become French Socialist party leader, A. Chrisafis
22/11/08 Martine Aubry defeats Ségolène Royal to lead French Socialists, L. Davied
23/11/08 French Socialists in disarray after bitter leadership battle, L. Davies
25/11/08 Socialists investigate voting allegations after Ségolène Royal’s narrow defeat, O. Bowcott
26/11/08 Royal loses out in fight to lead Socialist party, L. Davies
26/11/08 Battle Royal, Editorial
26/11/08 A Royal Farce, A. Poirier
28/11/08 Sarkozy off the hook, J. Fenby

The Independent
12/11/08 Royal aims to lead the squabbling Socialists, J. Lichfield
16/11/08 Socialists split in battle for the soul of French opposition, J. Lichfield
22/11/08 Aubry wins French Socialist battle by tiny margin, L. Bretton
23/11/08 French Socialists at war after leadership vote, J. Lichfield
24/11/08 Female mud Wrestlin, french style, J. Lichfield
27/11/08 World Focus: Fiery Aubry seeks to cool Socialist civil war, J. Lichfield

The Times
08/11/08 Ségolène Royal savours revenge on former partner in Socialist leadership election, C. Bremner
09/11/08 Ségolène Royal on top in a sack of vipers, M. Campbell
16/11/08 Party leadership rivals gang up to sink Ségolène Royal, M. Campbell
17/11/08 Fear and loathing at party conference as Ségolène Royal takes on the Socialist old guard, M. Campbell
23/11/08 Socialists fear civil war after Royal defeat, C. Bremner
24/11/08 Ségolène Royal accuses Martine Aubry of stealing victory, C. Bremner
26/11/08 Martine Aubry wins France’s Socialist opposition party battle, C. Bremner

Financial Time
24/11/2008 Europe’s socialist should look like Obama, J. Thornill

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[1] « Si l’on a pu expliquer la futilité de la guerre par la métaphore de deux chauves se battant pour un peigne, alors il est tout a fait possible d’illustrer la féroce bataille électorale entre les deux candidates à la direction du Parti socialiste avec l’idée de deux femmes bien coiffée démantelant une perruque. »

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