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La politique canadienne de Nicolas Sarkozy

drapeau québec barréDepuis le « Vive le Québec libre » lancé par le Général de Gaulle du haut du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal en 1967, les dirigeants politiques et diplomates français ont généralement fait preuve de discrétion sur la question de l’indépendance du Québec. La France, pendant plus de 40 ans, a poursuivi une politique visant à concilier « non indifférence » et « non ingérence » et tenté d’entretenir la difficile relation triangulaire entre Paris, Ottawa et Québec.
Cette politique, « c’est pas mon truc » : c’est ainsi que Nicolas Sarkozy a justifié, lundi 2 février 2009, sa digression concernant le mouvement séparatiste au Québec, opérée à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes de commandeur de la légion d’honneur au Premier ministre de la Belle Province, Jean Charest. À l’Élysée, le Président de la République a indiqué que les indépendantistes québécois « n’adhèrent pas au refus du sectarisme, de la division, de l’enfermement sur soi-même, au refus de définir son identité par opposition féroce à l’autre. » « Est-ce que, pour prouver qu’on aime les autres, on a besoin de détester leurs voisins ? », se demandait l’angélique chef d’État.

Ces propos ont provoqué de vives réactions chez les souverainistes québécois, qui ont dénoncé la perception erronée et le dérapage verbal du Président. Dans un courrier officiel adressé au chef de l’État francais, Pauline Marois, la dirigeante du Parti Québécois, et Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, se disent heurtés dans leurs convictions profondes à l’égard du projet souverainiste :

http://www.pq.org/nouvelles/lettre-nicolas-sarkozy/

Les deux dirigeants soulignent le fait que « jamais un chef d’État n’a manqué autant de respect » vis-à-vis de ce projet. Dans une démarche qui se veut pédagogique, ils rappellent que le souverainisme jouit d’une légitimité politique et démocratique indéniable au sein de la société québécoise : 2 308 360 Québécois se sont prononcés pour le Oui lors du référendum du 30 octobre 1995, contre 2 362 648 voix en faveur du Non. Le Bloc québécois a remporté 49 sièges de députés au Parlement fédéral en novembre dernier, et 51 représentants du Parti québécois siègent à Québec pour former la principale force d’opposition au gouvernement mené par le parti libéral de Jean Charest. Le projet de souveraineté est décrit par les auteurs de la missive comme « ouvert, inclusif et pacifique ». Nicolas Sarkozy ignorait sans doute que ce parti social-démocrate, dont les objectifs sont de promouvoir « la souveraineté, le progrès social et la défense du français », n’a jamais mené sa lutte démocratique dans la « détestation de l’autre ».
Les paroles de Nicolas Sarkozy ont aussi semé le malaise au sein du camp fédéral, dont les représentants supportent mal une telle ingérence dans les affaires intérieures. Le Premier ministre Charest a été plongé dans l’embarras, et d’aucuns redoutent maintenant la remontée du nationalisme québécois, assoupi depuis l’échec au référendum.
Angélisme, donc ? En dépit de l’indulgence des dirigeants péquistes, on ne peut pas voir dans l’intervention de Nicolas Sarkozy une simple maladresse reflétant méconnaissance et désinformation au sujet de la situation politique locale. Le Président a défini la nouvelle politique canadienne de la France, qui consiste à prôner l’unité fédérale de l’État aux dépens de l’idée souverainiste. Il est ainsi fidèle aux vœux de ses amis, au premier rang desquels Paul Desmarais, PDG de Power Corporation, patron de journaux (La Presse, Le Soleil), important soutien financier du candidat Sarkozy pendant la campagne présidentielle, également proche du Premier Ministre québécois récompensé lundi dernier, et gros actionnaire de Total et de GDF-Suez. Nicolas Sarkozy a rendu visite en 2004 à son ami Desmarais dans sa résidence de Sagard. « Le Québec va au-delà de Sagard », commentait ainsi cette semaine Louise Beaudoin, ancienne Ministre péquiste des relations internationales, qui fut déléguée du Québec à Paris.

L’actuel chef du gouvernement canadien, Stephen Harper, s’est empressé de reprendre l’accusation de sectarisme portée contre les souverainistes lors d’une intervention à la Chambre des Communes, tout en se réjouissant du mot de Sarkozy. Monsieur Harper avait pourtant, en 2007, publié un communiqué de presse officiel au sujet de Ségolène Royal, alors candidate socialiste à la présidence, rédigé en ces termes : « L’histoire nous montre qu’il est plus que déplacé qu’un dirigeant étranger intervienne dans les procédures démocratiques d’un autre pays ».

L’Élysée n’est pas revenu sur cette affaire, qui marque un tournant dans l’histoire des relations particulières qu’entretiennent la France et le Québec depuis la défaite française dans les Plaines d’Abraham en 1759. En se tournant délibérément vers l’Ouest canadien, Nicolas Sarkozy affiche sa volonté de banaliser l’axe Paris-Québec.

Axelle Lemaire et Guillaume Bertrand

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