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Halte au démantelement du réseau culturel extérieur

Le 29 mars 2009, le Bureau fédéral de la Fédération des Francais a l’étranger a adopté la motion suivante a l’unanimité :

« Halte aux fermetures des Instituts culturels en Europe »

La FFE s’inquiète des annonces et, malheureusement dans certains cas, des fermetures, de nos instituts culturels en Europe. Ces fermetures semblent faire partie d’un plan concerté du Ministère des Affaires Etrangères qui n’a jamais été présenté officiellement mais qui est mis en place localement par les Chefs de postes.

La FFE aimerait que le ministère expose clairement ses objectifs à l’échelle mondiale ainsi que la stratégie qu’il entend suivre en matière de politique culturelle extérieure de la France.

Le prétexte de « modernisation » du réseau culturel a servi à fermer déjà un tiers des instituts culturels d’Europe sur les sept dernières années.

La fuite en avant sur les « performances »exigées de ces instituts, conduit le ministère a réduire encore en 2009 les subventions publiques de 15 à 30% (selon les pays), alors que les instituts culturels en Europe financent déjà de moitié leur fonctionnement par le mécénat et les ventes de cours de français.

L’enjeu désormais est clair et une nouvelle marche est franchie : poursuivre la privatisation avancée des instituts par « sélection naturelle », en liquidant les Instituts qui ne pourront survivre à l’objectif de 60% d’autofinancement en 2012, les encourager à réduire le nombre d’emplois locaux à coup de plans sociaux ou en gelant les salaires sur plusieurs années. Il est évident que l’on demande désormais à l’action culturelle d’être uniquement rentable et profitable.

La FFE refuse cette logique de casse sociale et de commercialisation de la Culture, et demande un moratoire afin que les fermetures envisagées des Instituts cuturels en Europe soient suspendues, que du temps soit donné à une analyse de nos besoins ainsi qu’à l’étude de l’impact de ces fermetures sur notre présence dans ces pays et le rayonnement de la France dans le monde.

La secrétaire de section du PS a Londres, Axelle Lemaire, dénonce en particulier la fermeture de l’Institut culturel d’Edimbourg :

Derrière les mots de la motion adoptée par le BF, la situation est réellement dramatique.
L’Institut français d’Edimbourg sera sans doute une prochaine victime de l’hécatombe même si, en dépit des restrictions, il continue d’attirer un large public. Cet Institut est bien intégré dans le tissu local culturel et fait partie de l’« establishment » écossais depuis plus de 60 ans. Il est connu entre autres pour ses expositions avec des partenaires locaux, travaille aussi beaucoup avec les jeunes et les écoles à travers des concours de rencontres théâtrales, d’écriture et de dessins autour de thèmes français. Avec ses cours, son centre de ressources et ses manifestations pour enfants une fois par mois, il représente également un lieu de soutien aux familles binationales et francophones. A l’heure où le Royaume-Uni essaie de développer l’offre de scolarisation en français pour la communauté locale, cet Institut représente un outil précieux. Mais comme ailleurs, seul le transfert à une Alliance de droit local permettra peut-être d’éviter le naufrage.

Pour qui doute de l’utilité de faire payer au contribuable français les frais engagés par l’entretien d’un réseau culturel extérieur, on pourrait se contenter de répondre que la culture n’est pas un bien marchand et qu’il faut servir la communauté française. Mais surtout en temps de crise, la réponse passe mal. On peut aussi, comme le fait Nicolas Tenzer dans son récent ouvrage « Quand la France disparaît du monde » (Grasset, 2009), concevoir l’influence culturelle comme un volet de la bataille des idées qui se joue désormais entre les puissances du monde, bataille non pas perçue comme une « dispute académique entre gens bien élevés, mais une guerre pour la prééminence politique comme économique». Face à l’angélisme français et à l’absence de conscience de nos intérêts (dixit Tenzer, p. 69), les autres pays jouent du coude et investissent dans l’exportation de leur culture à l’étranger.

Le gouvernement français est absent du Festival International d’Edimbourg cette année. Ce Festival pluri-disciplinaire, qui attire pendant trois semaines des artistes venus du monde entier, jouit d’une grande renommée culturelle. Dans la liste des remerciements aux gouvernements étrangers pour leur soutien financier, on note l’Australie, l’Allemagne, la Suisse, l’Irlande, la Finlande, les Etats-Unis, la Roumanie, l’Italie, Singapour… La Région Nord-Pas-de-Calais, pourtant durement touchée par la crise, participe au Festival.

Dans son rapport sur la réforme du Ministère des affaires étrangères rendu public le 25 mars dernier («Un ministère en mouvement», dont les passages relatifs à l’action culturelle sont cités ci-dessous), Bernard Kouchner parle de grand projet et de diplomatie d’influence. Mais la rationalisation de l’action culturelle passe par des coupes budgétaires drastiques, irréversibles, sans définition des objectifs à long terme. Les Instituts français vont devoir suivre une « logique d’entreprise au service d’une politique publique ambitieuse ». En l’occurrence, plus de logique d’entreprise que de politique publique.

Alors oui, la France, comme le français, disparaissent du monde. Mais lorsqu’il s’agit de culture, on se résigne vite. C’est un peu triste, mais c’est parait-il secondaire.

Le rapport du MAE :

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/Reforme.pdf
Extraits :
L’action culturelle : Une priorité de notre politique étrangère

Miser sur la culture et l’éducation est un véritable projet politique pour le ministère des Affaires étrangères et européennes. La diplomatie d’influence n’est pas un vain mot : un centre culturel à Gaza, une école pour filles à Kaboul ont des effets très puissants. Je sais que la France est très attendue sur ce plan : elle doit être à la hauteur de cette attente. Mais l’influence ne se décrète pas, elle se mérite par le travail, l’excellence et l’ouverture: il nous faut offrir des espaces de liberté plutôt qu’imposer nos idées, il faut créer les conditions du dialogue et du désir de France. C’est donc un grand projet qu’il nous faut lancer aujourd’hui.
Ce projet, que nos partenaires, interrogés à la fin de 2008, ont souhaité intituler « Institut français », est un ensemble constitué de trois éléments : une nouvelle agence, un réseau profondément transformé, une plate-forme numérique.
La nouvelle agence constituera un outil professionnel travaillant à la présence française: arts de la scène, cinéma, littérature, arts plastiques, et animation du débat avec nos partenaires étrangers sur les enjeux du village planétaire (développement, climat…). Le réseau unifié d’Instituts français constituera dans chaque pays partenaire une plate-forme permettant à tous les acteurs de la diplomatie moderne de séduire des publics, de conquérir des marchés, de donner l’envie de parier sur l’innovation française.
Dans ce projet, je veux mettre en avant nos partenaires : les Alliances françaises, relais irremplaçable de notre action, mais également les entreprises ou les collectivités locales qui accompagnent et soutiennent notre présence culturelle ou éducative partout dans le monde. Une étroite association du ministère de la culture, de même que d’autres administrations (éducation, recherche), aux travaux de l’agence sera une condition de son succès.
Dans les prochains mois, je souhaite donner à notre action culturelle extérieure trois priorités qui seront soutenues par un fonds spécial destiné à une sélection de projets d’excellence: la diffusion du livre et de l’écrit, les nouvelles technologies et le soutien aux industries culturelles. Le gouvernement a décidé, à ma demande, d’attribuer des crédits supplémentaires à cette politique. J’ai confié à une équipe de préfiguration la définition de la nouvelle agence. Elle rendra son travail en vue d’États généraux qui seront organisés en juillet prochain avec tous les partenaires, y compris audiovisuels, qui nous aideront à réaliser et à faire connaître cette grande ambition.

Le ministère des Affaires étrangères et européennes réforme et regroupe son réseau culturel à l’étranger et envisage de nouvelles formes de présence culturelle chez nos partenaires.

OBJECTIF
Ce réseau, héritier d’une riche tradition est unique au monde. Il trouve de plus en plus de partenaires et bénéficie de l’enthousiasme de ceux qui l’animent mais souffre d’une évolution défavorable de l’investissement public qui lui est consacré et manque de la lisibilité qui lui donnerait une meilleure légitimité. Il s’agit donc de renouveler en profondeur son organisation comme ses stratégies.

MOYENS
• Création d’un établissement unique, l’Institut français, qui regroupera le service culturel, le centre culturel, le centre pour les études en France et travaillera en accord avec les Alliances françaises, les instituts de recherche, les missions économiques…
• Dirigé par le conseiller culturel, l’Institut français sera placé localement sous l’autorité de l’ambassadeur; son périmètre est élargi à l’ensemble des domaines de coopération (coopération culturelle, linguistique, audiovisuelle, universitaire, scientifique, de recherche, technique, pour le développement, coopération décentralisée).
• Le ministère définira les grandes orientations stratégiques pluriannuelles applicables aux Instituts français, en prenant en compte les situations locales : ces orientations dégageront clairement les objectifs de notre action culturelle dans chaque grande région du monde.
• Les Instituts français bénéficieront d’une grande souplesse de gestion et pourront recevoir des cofinancements de nos partenaires et développer des ressources propres : ceci favorisera un fonctionnement plus efficace et une logique d’entreprise au service d’une politique publique ambitieuse.
• Une réflexion sera menée sur l’implantation géopolitique de notre réseau et pour favoriser les formes innovantes de présence culturelle, la formation initiale et continue aux métiers de la coopération culturelle, et le parcours d’experts professionnels au sein du réseau culturel français dans le monde. Un meilleur suivi de ces experts sera assuré avec le ministère de la culture et les autres institutions concernées.

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