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Toutes proportions gardées

Par François Bégaudeau

Monstrueuse. La France de Sarkozy est monstrueuse. Réflexe sain : se priver de gloser à outrance le mot, ne pas lui faire dire plus que Marie NDiaye n’a voulu en dire dans le flux d’une interview. Le recevoir dans son approximation. « Monstrueuse » est venue comme ça, dans son sens générique qui le rend interchangeable avec d’autres unités du lexique péjoratif, de même que, symétriquement, « extraordinaire » qualifie rarement un phénomène qui sort de l’ordinaire et se laisse aisément remplacer par un « fabuleux » déconnecté de la notion de fable.

Bref, la lauréate du Goncourt 2009 aurait très bien pu dire : dégueulasse. La France de Sarkozy est dégueulasse. Elle aurait eu globalement raison, et c’est à ce titre que je n’ai pas chipoté au moment de signer la pétition de soutien lancée par Véronique Ovaldé. La nuance meurt souvent sur l’autel de l’activisme. On assume.

Tout juste aurait-on rêvé d’une flèche mieux ciblée. Et qu’on précise le propos. L’ensemble du réel français de 2009 n’est pas ordonnée à une politique, fût-elle aussi volontariste et agressive que celle de Sarkozy ; et l’ensemble de la politique de Sarkozy n’est pas dégueulasse. Le RSA c’est discutable, problématique par certains aspects, mais en aucun cas dégueulasse. Pareil pour la suppression du juge d’instruction, le grand emprunt, le soutien aux auto-entrepreneurs et autres initiatives plus subtiles que les grossiers mots d’ordre que l’exécutif actuel ne peut s’empêcher de brandir en étendard de son activité. En revanche il est effectivement ni plus ni moins que dégueulasse de réexpédier des migrants dans un pays en guerre, ou de cueillir des enfants de sans papiers à la sortie de l’école primaire, comme cela se fait. C’est du reste bien de cela que voulait parler Marie NDiaye, et du doux fumet vichyssois que dégagent les propos et les actes d’un Hortefeux ou d’un Besson.

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François Bégaudeau est écrivain. Il a notamment publié Jouer juste, Entre les murs et Vers la douceur (tous chez Verticales). Cette tribune a été publiée dans l’édition du 21 décembre de Mediapart.

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