Soutenez le PS

Adhérez au PS

Bébés, congés, égalité

Quelques mois après son élection à la tête du Labour Party au Royaume-Uni, un mercredi de décembre, Ed Miliband a manqué à l’appel au moment de se soumettre à la séance des questions au Premier ministre. On attendait qu’il se lance dans la joute oratoire hebdomadaire l’opposant au Premier Ministre conservateur David Cameron, mais Ed était absent. Motif : en congé paternité. La chose était d’ailleurs entendue, et il semble loin le temps où la cote d’un

Tony Blair résidant à Downing Street baissait dans les sondages pour avoir fait le choix de passer du temps avec son jeune enfant. Néanmoins, le leader de l’opposition a de la chance. Pour la majorité des pères, l’obligation de présence dans l’entreprise, le manque à gagner financier, la pression sociale et professionnelle, la persistance des stéréotypes de répartition sexuée des rôles, les empêchent de bénéficier d’un congé pour s’occuper de leur progéniture.

Cependant, faut-il s’interroger sur les droits des pères, alors même que les femmes continuent de subir des discriminations du fait de la maternité (première cause de discrimination dans le monde du travail, selon une enquête récente menée conjointement par l’Organisation internationale du travail et la HALDE) ? Comment expliquer autrement le fait qu’en France, le taux d’activité professionnel des hommes ne varie pas en fonction du nombre d’enfants (il tourne autour de 90%), alors qu’il décroît de manière continue chez les femmes : 90% chez les femmes sans enfant, 83% pour les mères d’un enfant de moins de trois ans, 64% pour celles qui en ont deux, et 43% pour les mères de trois enfants ? Comment concevoir que les femmes perçoivent en moyenne brute annuelle des salaires moins élevés de 27% que ceux de leurs homologues masculins ? Que 30,2% des femmes travaillant dans le secteur privé exercent à temps partiel, contre 5,7% des hommes ?

Cette ségrégation sexuelle s’affiche partout en Europe, à des degrés divers. C’est dans ce contexte que le Parlement européen a voté, en octobre dernier, une résolution visant à harmoniser la durée du congé maternité pour la porter à 20 semaines, indemnisées à 100% du salaire, et offrir deux semaines de congé paternité. La proposition, qui aurait donné du souffle à la construction de l’Europe sociale, fit l’objet d’un rejet catégorique de la part des gouvernements de l’Union. De façon inquiétante, le débat fut posé en des termes uniquement budgétaires : la rigueur impose de ne pas faire peser des charges supplémentaires sur les budgets des entreprises et des États. Les enjeux sociaux, sociétaux, économiques et démographiques d’une politique familiale active ont été ignorés. C’est oublier que les bébés d’aujourd’hui paieront les retraites de demain… Le congé maternité, chèrement conquis, recule même çà et là. Les employeurs britanniques de moins de 10 salariés pourraient être soustraits à l’obligation légale d’offrir six semaines de congé maternité (actuellement rémunérées à 90% du salaire). Or les besoins des familles et des enfants ne varient pas en fonction de la taille de l’entreprise !

En France, la politique familiale relativement favorable (congés parentaux, RTT, chèques emploi-service, modes de garde, allocations familiales, quotients, etc.) encourage les naissances, sans que les discriminations ne soient découragées pour autant. Schématiquement, les femmes françaises font beaucoup d’enfants et travaillent beaucoup, dans un environnement professionnel et privé plus contraignants que dans d’autres pays, (discriminations à l’embauche et dans les progressions de carrière, partage inéquitable des tâches domestiques). Pour le bien-être de la mère et de l’enfant, pour réduire notamment les risques de traumatismes et de fatigue liés à la grossesse et à l’accouchement, le Parti socialiste a raison de « soutenir la rénovation de la directive européenne visant à porter le congé de maternité à 20 semaines» (Convention égalité réelle, page 11). Mais si seules les femmes portent le risque de la discrimination, l’extension du congé maternité peut avoir des effets contre-productifs, en éloignant encore plus les mères du marché du travail. Congé maternité et paternité doivent aller de pair et leur durée se rééquilibrer. Or c’est le Medef qui propose l’instauration d’un congé paternité obligatoire ! Pourtant, cette solution s’impose pour faire évoluer les mentalités et répondre aux aspirations des parents modernes. L’idée d’un congé paternité « à prendre ou à laisser » (non interchangeable, donc perdu par la cellule familiale si le père ne le prend pas) fait son chemin, inspirée en cela des législations déjà en vigueur dans plusieurs pays (Suède, Norvège, Islande, entre autres). Le Medef propose deux semaines, la CFDT surenchérit à deux mois. Sous couvert de générosité sociale, on se doute que le syndicat patronal cherche à assouplir le temps de travail et négocier des baisses de charges. Mais dans la convention égalité réelle, le PS se contente d’annoncer que « Le congé paternité sera remplacé par un congé d’accueil de l’enfant, mieux rémunéré et plus long (soit 20 jours)».

L’autre question cruciale, pour notre Parti, est celle du taux d’indemnisation de ce futur congé. Si la rémunération n’est pas suffisamment élevée, le manque à gagner ne sera pas soutenable pour la plupart des familles, et aux discriminations sexuelles s’ajouteront des discriminations sociales. La question du financement de la mesure se posera dès lors indéniablement.

Il n’en demeure pas moins que, comme pour toutes les grandes avancées sociales – et celle-ci serait radicale dans ses conséquences – seule la victoire des socialistes en 2012 permettra de mettre en chantier un projet novateur et équitable en matière de congés parentaux.

Axelle Lemaire

Candidate du PS à l’élection législative pour la 3e circonscription des Français de l’étranger, et Secrétaire de la section PS de Londres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.