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Débat avec Nicole Bricq à Londres: « Donnons le goût et l’envie de la France »

Par Axelle Lemaire, Députée des Français établis en Europe du nord

C’est la première fois que l’ensemble des Français de Londres a été invité, via la liste électorale consulaire, à débattre avec un ministre en exercice dans le cadre d’une réunion ouverte et publique. J’ai beaucoup tenu à ce que ce type de rencontre s’organise entre responsables politiques et ressortissants français à l’étranger, afin d’engager un débat citoyen. L’occasion pour Nicole Bricq, Ministre du Commerce extérieur, d’expliquer l’action de son ministère et les opportunités économiques pour la France à Londres et au Royaume-Uni. L’occasion aussi de répondre aux questions des Français établis dans la capitale britannique.

Seules 50 places étaient disponibles. Devant l’afflux de demandes (près de 400 réponses reçues en quelques heures), nous avons ouvert le format et permis à plus de 150 personnes de participer à cette rencontre, organisée par la Ministre et les service de l’Ambassade de France, avec le soutient de l’Institut Français, le 9 septembre dernier à Londres.

Merci encore à toutes celles et ceux qui sont venus nombreux assister à ce débat. Je regrette que nous n’ayons pas pu accueillir tous ceux qui auraient souhaité participer, mais face à la réussite de cette première, nous renouvellerons l’expérience.

Vous trouverez ci dessous l’allocution prononcée par Madame Nicole Bricq, Ministre du Commerce extérieur, en introduction au débat.

Mes chers compatriotes,

Beaucoup de rapports et d’études avaient fait le diagnostic du problème de compétitivité de notre pays et les chiffres étaient connus : Il fallait agir et nous l’avons fait : 25% de nos emplois industriels ont été perdus en 10 ans. Au Commerce extérieur nous sommes passés d’un excédent à un déficit abyssal : moins 74 Milliards d’euros. Une dette doublée. Prenant la mesure des dégâts, le 6 novembre, le Premier Ministre présentait le Pacte national pour la croissance et l’emploi. Ce fut un choc. Le mot choc n’est pas dévoyé car les sceptiques étaient persuadés que rien ne sortirait de cette réflexion même si le rapport Gallois avait montré la voie.

20 milliards d’euros de réduction de charges pour les entreprises grâce au Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, ce n’est pas rien ! Le FMI, qui ne peut pas être soupçonné de bolchévisme, estime que cela représente une réduction de 4% de gain du coût du travail pour l’ensemble des entreprises.

Le Pacte fut cette première année suivi de plusieurs réformes majeures :

  • L’accord sur la sécurisation de l’emploi, transcrit dans la loi qui, par la négociation des partenaires sociaux, répond  à la fois au besoin de souplesse des employeurs et au besoin de sécurité des salariés. La méthode de concertation engagée compte autant que le fond. Il est actuellement transcrit dans les accords d’entreprises.
  • La Modernisation de l’Action Publique, lancée et pilotée par le Premier Ministre Traditionnellement, chaque Gouvernement annonce son programme de simplification et, pour les entreprises, rien ne change. Cette fois, nous agissons.

Je prendrai trois mesures, dont vous mesurerez tous l’importance, je crois :

– La facturation électronique entre l’Etat et les fournisseurs pour raccourcir les délais de paiement de 30 jours en moyenne à 20 jours, l’allègement des obligations comptables des petites entreprises : 140 000 TPE vont en bénéficier.

– L’accélération des projets d’immobilier d’entreprise : 18 mois à 24 mois sur les grands projets c’est trop !

  • La création de la Banque Publique d’Investissement, comme soutien majeur aux besoins du financement des entreprises avec un important volet international.

Des chargés d’affaires internationaux d’Ubifrance afin que le couple à l’international, accompagnement / financement, soit au rendez-vous exportateurs.

  • La pérennisation  du Crédit Impôt Recherche considéré comme le système le plus généreux en Europe de soutien aux dépenses de recherche. Nous l’avons étendu aux dépenses d’innovation des PME. Nous avons même mis en place, pour celles-ci, un mécanisme de préfinancement de ce crédit d’impôts. D’autres dispositifs, comme Jeunes Entreprises Innovantes, ont été revalorisés.
  • Une nouvelle stratégie pour déployer le très haut débit dans toute la France, en partenariat public-privé. D’ici 10 ans, 100% du territoire sera couvert. D’ores et déjà, le taux de pénétration du haut débit en France est plus élevé qu’au Royaume-Uni.
  • Je veux aussi citer le travail que nous menons pour accueillir les investissements étrangers. Le Royaume-Uni est très efficace dans l’accueil des investissements étrangers. Beaucoup d’entre vous travaillent dans des filiales de groupes français ou étrangers ! La France ne se débrouille pas mal de ce point de vue avec une deuxième place en Europe. Contrairement aux idées reçues, la France est la première terre d’accueil pour les investissements industriels étrangers. Mais la concurrence est très rude.

C’est pourquoi, au-delà des réformes structurelles et de compétitivité que nous engageons, nous travaillons également concrètement à réduire ou supprimer les petits « irritants » pour les cadres et les entreprises étrangères. Ainsi, nous supprimons la déclaration préalable pour les entrepreneurs non résidents et accélérons les procédures de visas pour les hommes d’affaires (Passeport Talents).

Enfin sur les retraites, en un mois le gouvernement s’est décidé.

Le pivot en est l’allongement de la durée de la cotisation. Avouez que c’est courageux. Je retiens comme innovation majeure, car elle en annonce d’autre : la création d’un compte pénibilité.

Cet accord ne doit pas mettre pas en danger la compétitivité de nos entreprises. C’est pourquoi Jean-Marc Ayrault a pris l’engagement de mettre en œuvre un mécanisme de compensation sur la branche famille. Et cet engagement sera tenu.

Il faut améliorer cette compétitivité à la fois en agissant sur le facteur innovation, c’est l’objet du rechargement  du Programme d’Investissements d’Avenir à hauteur de 50 Milliards d’euros et sur le facteur prix afin d’améliorer les marges des entreprises.

Alors bien sur, pour certains, on ne va pas assez vite. Pour d’autres, on se soumet au diktat demandé. Notre motivation c’est la lutte contre le chômage. Et cela passe par le rétablissement du moteur essentiel qu’est l’investissement.

Le message vaut pour les ménages comme pour les entreprises.

Reste le sujet fiscal.

Il fallait redresser les finances publiques extrêmement mises à mal durant le quinquennat précédent : 600Md€ de dettes supplémentaires accumulées en 5 ans, faut-il le rappeler ?

Dans la trajectoire que nous avions fixée, il fallait 50% de hausses d’impôts d’ici à 2017 et 50% d’économies.

Sans doute la crise était plus profonde qu’estimée. Mais il fallait à la fois réduire les déficits pour stabiliser voire décroitre la dette, et en même temps se tenir prêt à saisir la reprise de économique.

Les deux ans accordés par la Commission pour arriver aux 3% permettront de le faire. En même temps, nous ne sommes pas sourds, la pause fiscale annoncée par le Président de la République sera au rendez-vous en 2014, soit un an avant le délai prévu.

Plus des 2/3 de l’effort portera en 2014 sur les réductions de dépenses : 14Md€, c’est énorme. Cet effort est demandé aux agents économiques (entreprises et ménages) mais l’Etat et les collectivités sont également mises à contribution.

Cette politique est conforme à notre objectif « le redressement dans la justice ».

Je vous fais une confidence, peut-être cela vous a-t-il échappé, mais le Président de la République a tenu à ce que nous réfléchissions à ce que serait la France d’ici à 2025. Nous avons réuni un séminaire le 19 août et nous avons consacré plus de la moitié du temps à la mondialisation, à la France dans cette phase.

Je suis convaincue que la France peut trouver sa place au sein de la mondialisation. N’oubliez pas que vous êtes français et que vous êtes regardés comme tel ! « Soyez des supporters, des socios », ai-je dit devant 50 décideurs de multinationales étrangères que nous avons réunies à Bercy à la fois du mois dernier.

Car, vous pouvez, français de l’étranger, jouer un rôle majeur dans le redressement de notre pays.

Nous sommes, Françaises et Français, spécialistes de l’autodénigrement. J’admire souvent les Américains et leur foi, forte et déterminée, dans leur pays, leur façon de l’aimer, inconditionnelle, et de le défendre, avec fierté et de ne jamais avoir le drapeau dans la poche.

Ce que j’attends de vous, ce que j’espère, c’est cette fierté de la France et en définitive de vous-même. Nous sommes un grand pays. Vous en êtes, installés à l’international, des emblèmes et des vigies. Ayons confiance en nous pour donner aux autres le goût, et l’envie, de la France.

 

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