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Education française à Londres : tour d’horizon, difficultés et perspectives

Par Samy Ahmar, Secrétaire du Parti Socialiste à Londres.

Le 25 mai 2014 se tiendront les premières élections des conseillers consulaires, une nouvelle catégorie d’élus de proximité qui auront vocation à débattre des questions liées au quotidien des français de Londres, comme la protection sociale, l’emploi ou la formation professionnelle. Cependant, une thématique s’impose, progressivement, dans cette période de pré-campagne, et jouera à n’en pas douter un rôle clé dans l’issue de ce scrutin inédit : l’école. L’occasion pour nous, socialistes de Londres, de nous saisir de ce sujet pour tenter d’apporter des réponses aux problématiques soulevées, avec le souci permanent de placer la justice sociale au cœur de notre réflexion. Pour cette raison nous nous sommes félicités de l’initiative de notre députée Axelle Lemaire, qui organisait en novembre dernier une réunion publique sur le thème de l’éducation française à Londres, en compagnie de Claudine Lepage, sénatrice et membre influente de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), l’agence en charge de la gestion du réseau des établissements scolaires français à l’étranger.

Une offre qui peine à répondre à une demande croissante

Le réseau éducatif de Londres s’illustre par sa taille et sa complexité. Le Lycée Charles de Gaulle, dans le quartier de South Kensington, est un des plus grands établissements du réseau AEFE. Au total, 5 280 élèves y sont inscrits, dans des classes allant du CP à la terminale. Le Lycée Charles de Gaulle est le seul établissement « à gestion directe », c’est-à-dire sous la responsabilité directe de l’AEFE, qui assure la gestion de l’établissement et rémunère ses personnels titulaires. Cet établissement, dont la qualité de l’enseignement est mondialement reconnue, est aussi de plus en plus cosmopolite et participe activement à la mission de soutien au rayonnement de la langue française qui lui a été conférée, puisque près d’un quart des élèves inscrits ne sont pas français, et 12% ne sont ni français ni anglais. Il a, en revanche, une capacité d’accueil largement épuisée : il n’est en mesure d’offrir de places qu’à une fraction du nombre de parents demandeurs, et opère déjà bien au-delà de sa capacité naturelle, à l’image d’un nombre d’élèves par classe en constante augmentation depuis plusieurs années, et qui atteint 35 élèves dans certaines classes aujourd’hui.

Ce manque de capacité au regard d’une demande galopante pour un enseignement français de qualité à Londres a conduit à l’agrandissement progressif de ce réseau depuis une décennie. En effet, à côté de cet établissement pivot du réseau londonien, on trouve aussi le Collège Français Bilingue de Londres (CFBL) de Kentish Town, un grand établissement « conventionné » dont les directeurs sont payés par l’Etat, qui prend en charge également la formation continue de ses personnels, mais qui est un établissement privé dont la gestion n’est pas du ressort de l’AEFE. Le CFBL a ouvert ses portes en 2011 et enseigne à 700 élèves. Sa construction aura coûté quelques 30 millions d’euros. Un établissement similaire verra le jour dans le quartier de Wembley d’ici quelques années et accueillera 1 100 élèves supplémentaires, pour un coût de construction estimé à 48 millions d’euros. Ce réseau est par ailleurs complété par un ensemble d’établissements « homologués », composé pour l’essentiel d’écoles primaires, dont la relation avec l’AEFE se limite à l’obtention d’un label de qualité pédagogique : l’homologation.

Si l’apparition de ces nouveaux établissements permettra incontestablement de pallier à une partie du manque de places dont souffre le réseau, il deviendra rapidement insuffisant, à en juger par les dernières prévisions faisant état d’une demande qui ne cessera de croître dans les années à venir. Les priorités, par ailleurs bien compréhensibles, accordées aux fratries, et dans le cas du CFBL aux employés des entreprises du trust en charge de son financement, constituent une barrière supplémentaire à l’accès des nouveaux arrivants à ces établissements. La pénurie est telle que le transfert des élèves d’écoles primaires homologuées vers le Lycée Charles de Gaulle, auparavant automatique, ne l’est plus aujourd’hui. Ceci a pour conséquence de contraindre un grand nombre de familles à retirer leurs enfants du réseau français en milieu de scolarité.

Des frais de scolarité prohibitifs

Si le manque de capacité est une source d’inquiétude considérable pour les familles françaises et francophones de Londres, le coût d’inscription des enfants dans ces établissements est lui aussi de plus en plus préoccupant. Les frais de scolarité au Lycée Charles de Gaulle s’élèvent aujourd’hui à près de 7 000 euros par an. Au CFBL, ils sont de 8 000 euros par an. Des montants prohibitifs pour beaucoup, en particulier pour les familles souhaitant scolariser plusieurs enfants dans le réseau.

Pire, ces frais de scolarité vont certainement continuer de grimper dans les années à venir, résultat inévitable d’une augmentation de la demande couplée à un gel temporaire des ressources de l’AEFE. Ils sont en passe de devenir la source majoritaire de revenus pour l’ensemble des établissements du réseau, y compris pour le Lycée Charles de Gaulle dont 51% des frais de fonctionnements sont aujourd’hui financés par les parents d’élèves à travers les frais de scolarité.

De plus, la prise en charge intégrale, ou PEC, des frais de scolarité pour les classes de seconde, première et terminale, introduite sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2008, a eu l’effet désastreux de coûter une fortune à l’Etat tout en forçant les établissements à répercuter ce manque à gagner sur les classes des cycles primaire et secondaire, dont les frais d’inscription ont naturellement explosé. Cette mesure, coûteuse et injuste car ne prenant pas en compte les revenus des parents, a été logiquement supprimée, non sans créer une certaine inquiétude chez les parents bénéficiaires de la PEC, lesquels ont finalement été accompagnés par les services consulaires pour minimiser l’impact de cette suppression sur leur capacité à maintenir leurs enfants dans le dispositif.

Pour contrebalancer cette augmentation, L’AEFE administre un système d’attribution de bourses scolaires, accordées sous condition de ressources aux élèves dont les parents n’ont pas les moyens de s’acquitter des frais de scolarité évoqués précédemment. Bien que d’une portée modeste, ce système est l’outil principal de solidarité et de justice sociale dans l’accès aux établissements du réseau, et a été réformé suite à l’initiative de la Ministre des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, pour en renforcer la transparence et le caractère social. Une commission des bourses scolaires se réunit à Londres chaque année pour émettre des avis et recommandations sur les dossiers de demande, dans laquelle les futurs conseillers consulaires auront vocation à siéger.

Pour un réseau plus juste, de qualité, et mieux adapté aux besoins de tous nos compatriotes

L’agrandissement perpétuel du réseau éducatif français à l’étranger, et à Londres en particulier, et la création de milliers de nouvelles places dans des établissements français, existants ou futurs, n’est pas réaliste. Au-delà de l’effort  budgétaire général, auquel l’AEFE participe à travers le gel de sa dotation annuelle, la limite naturelle de ce modèle est en passe d’être atteinte. Pour autant, des solutions pour subvenir aux besoins d’enseignement en français d’un nombre croissant de français du Royaume-Uni existent et sont à mettre en œuvre.

Une très grande partie des français de Londres et du Royaume-Uni sont beaucoup moins intéressés par la perspective d’inscrire leurs enfants dans un établissement respectant le cursus de l’Education Nationale, que par l’accès à un moyen de transmission de la langue française à leurs enfants pour leur permettre de maintenir ce lien essentiel à la culture de leur pays d’origine. Dans ce contexte, le développement de filières bilingues et de sections binationales au sein d’établissements publics britanniques, dont la qualité sera reconnue par le label FrancEducation (une marque de qualité décernée par le ministere français des Affaires étrangères), est un projet d’avenir qui doit être activement soutenu. L’école publique britannique propose un enseignement de qualité, et de nombreux enfants français y sont déjà scolarisés. La mise en place de filières bilingues en partenariat avec ces établissements représenterait une stratégie peu coûteuse pour faciliter la transmission de la langue française à ces élèves au sein d’un dispositif déjà existant. Elle permettrait également de proposer aux élèves britanniques qui le souhaiteraient d’accéder à une scolarité bilingue, dans un pays de plus en plus conscient du retard qu’il a accumulé dans l’apprentissage de langues étrangères par rapport à ses voisins européens. La prétendue incompatibilité d‘un enseignement partiel en français avec le cursus britannique n’est pas fondée, et une adaptation de cet enseignement aux exigences locales peut parfaitement être envisagée.

Les excellentes écoles FLAM (Français LAngue Maternelle) constituent un autre axe de réflexion extrêmement prometteur pour l’avenir du réseau éducatif français à Londres. Les écoles FLAM sont des structures associatives dont la mission est d’offrir un enseignement complémentaire en langue française, généralement le weekend et dans un cadre ludique, pour les enfants français ou francophones scolarisés dans le système scolaire britannique. On ne compte pas moins de 13 écoles FLAM aujourd’hui à Londres, formant un réseau de plus en plus dense et en pleine croissance. Ces établissements répondent à un véritable besoin et une action favorisant leur développement, et la consolidation du réseau qu’ils forment, doit être menée.

L’existence de ces pistes alternatives pour répondre à la demande d’enseignement français à l’étranger, dont nous nous réjouissons et que nous souhaitons aider à se développer davantage, ne remettent pas en cause le devoir du politique de se pencher sur la question épineuse des frais de scolarité dans les établissements du réseau. La tendance actuelle renforce un peu plus chaque année le caractère hautement élitiste et selecte de ces établissements, au risque de voir se perdre la mission républicaine, et de promotion de la langue et de la culture française, qui leur est conférée. A ce titre, nous nous réjouissons de l’accord obtenu, lors de la dernière réunion du comité de pilotage du « Plan école » à Londres et grâce à l’activisme de notre députée Axelle Lemaire en faveur de ce projet, d’un observatoire des frais de scolarité dans les établissements d’enseignement français au Royaume-Uni, dont la mission de veille et d’alerte permettra de limiter la spirale inflationniste des frais de scolarité pratiqués par ces établissements. L’introduction du niveau de frais de scolarité parmi les critères d’attribution de l’homologation par l’AEFE paraît elle aussi nécessaire : en effet, c’est l’inflation de ces frais d’écolage qui a artificiellement mené à une explosion du montant des bourses scolaires déboursées ces dernières années, limitant ainsi de fait la capacité du dispositif à aider le plus grand nombre de familles possible.

Samy Ahmar

Secrétaire du Parti Socialiste à Londres

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