Soutenez le PS

Adhérez au PS

Annonces de François Hollande: une accélération nécessaire, des interrogations légitimes

Important : Le commentaire suivant sur la récente conférence de presse du President de la République reflète le point de vue de l’auteur, et n’engage pas la section PS de Londres, qui aura l’occasion de débattre sur la politique économique du gouvernement, telle qu’elle a été énoncée par François Hollande, lors de la prochaine reunion de section qui aura lieu le 6 Février. Les avis et les commentaires de nos lecteurs sont bienvenus.

Annonces de François Hollande: une accélération nécessaire, des interrogations légitimes

A l’occasion de sa conférence de presse du 14 janvier, le Président de la République a fait des annonces majeures qui n’ont pas laissé indifférent, ni à droite ni à gauche. Tournant social-libéral et renoncement pour les uns, éveil tardif aux réalités pour les autres, la ligne fixée par François Hollande n’est en réalité que l’accélération et l’approfondissement (selon ses propres termes) du travail entrepris depuis 18 mois. Cette politique parait inévitable dans le contexte particulièrement difficile que traverse la France. Il est néanmoins légitime de s’interroger sur la capacité de redresser le pays « dans la justice », comme le revendiquait Jean-Marc Ayrault lors de sa prise de fonction.

Qu’a annoncé le Président de la République ?

–        Un allègement supplémentaire du cout du travail dans la foulée du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) de €20 milliards, en cours de mise en œuvre.  En supprimant les cotisations familiales pour les employeurs, ce sont €30 milliards de charges en moins qui inciteront les entreprises à embaucher et à investir.

–        Des contreparties en termes d’embauches seront négociées dans le cadre d’un cycle de négociations avec les partenaires sociaux qui s’ouvre dès à présent. Il se clôturera par le vote, en juin, d’une loi au Parlement au cours duquel le gouvernement engagera sa confiance (un vote négatif entrainerait sa démission). F. Hollande a évoqué « le plus grand compromis social proposé depuis des décennies à notre pays ».

–        Il n’y aura pas de transfert d’imposition des entreprises vers les ménages. €50 milliards d’économies nouvelles devront être réalisées sur la période 2015-2017, en plus des 15 milliards d’économies prévues cette année, afin de baisser la fiscalité sur les entreprises, de tenir les engagements européens, et d’alléger la charge de la dette.

–        Ces économies seront réalisées dans les trois grandes branches de dépense publique: administration centrale, sécurité sociale, collectivités locales. Concernant ces dernières, le regroupement des régions et la bonne coordination entre départements et métropoles fera l’objet d’incitations financières.

–        D’autres annonces significatives concernaient plus spécifiquement les jeunes : 50 000 nouveaux emplois d’avenir seront créés en 2014, et il sera visé +15% du nombre de volontaires du service civique ; afin de lutter contre le décrochage scolaire, les professeurs de ZEP verront leur rémunération augmenter sensiblement et le tutorat sera renforcé.

Ces mesures sont-elles nécessaires ?

Le gouvernement est au pied du mur : la croissance reste très faible malgré des signes de reprises, la courbe du chômage ne s’est pas inversée bien qu’elle se soit stabilisée, et la trajectoire de retour à l’équilibre budgétaire est fragile. En mai, la France obtenu de l’Union européenne un délai supplémentaire de deux ans pour revenir sous les 3% de déficit public (par rapport au PIB). Se donner les moyens d’y parvenir est un enjeu de crédibilité important, non seulement pour la France mais surtout pour la zone euro, où la discipline collective est un facteur de confiance essentiel.

Pourquoi une politique de l’offre, qui cherche à redonner des marges aux entreprises, plutôt qu’une relance « keynésienne » par la consommation? Essentiellement parce que le taux de marge des entreprises françaises est au plus bas. Or faute de capacité d’investir et d’embaucher, les entreprises perdent progressivement des parts de marché.  Diminuer la fiscalité des entreprises est devenu nécessaire dans un environnement mondial extrêmement concurrentiel, où les capitaux comme le travail sont mobiles. Même si l’on peut fustiger les caricatures que nous servent régulièrement la presse anglo-saxonne, la France a vu sa compétitivité et son image se dégrader ces dernières années pour des raisons fiscales et règlementaires.

Par ailleurs, une politique de relance par la demande parait risquée au niveau national : il n’y a pas de marge de manœuvre budgétaire, et le salaire minimum est élevé en France par rapport à nos voisins. Surtout, l’expérience de 1981-1983 montre qu’un surcroit consommation ne bénéficie pas toujours aux entreprises et à l’emploi français, et peut se traduire par un creusement du déficit extérieur.

La seule option serait un plan de relance au niveau européen, mais cette idée a toujours autant de mal à s’imposer. Les pays rechignent à mettre davantage de moyens en commun ou à laisser l’Union européenne recourir à l’emprunt (une idée proposée par François Hollande depuis sa campagne). Le « Pacte de croissance » de €120 milliards obtenu en juin 2012 n’a pas eu d’impact significatif.

Ces mesures sont-elles justes ?

Les interrogations sont légitimes : la France doit-elle suivre les pas de l’Allemagne et d’autres pays européens (Espagne, Grèce, Portugal, Lituanie…) qui sont sortis, ou tentent de sortir, de situations économiques difficiles en coupant dans la dépense publique et en rétablissant leur compétitivité extérieure? Ce faisant, notre pays n’alimente-t-il pas une course au « moins-disant social et fiscal » qui fait le lit de la récession et des troubles sociaux en Europe ? Par ailleurs, quel progrès social derrière ces annonces de coupes budgétaires? Quelles garanties d’embauche derrière les belles paroles du patronat ?

Voici quelques ébauches de réponse pour alimenter le débat :

–        La priorité de la gauche doit être de faire baisser le chômage coute-que-coute car il pénalise les plus jeunes, les moins protégés et ceux qui sont victimes de discriminations. S’appuyer sur les entreprises est aujourd’hui la seule marge de manœuvre possible. Il n’y a pas de chèque en blanc: les contreparties seront négociées, dans un esprit de dialogue social qui est devenu la marque de fabrique de ce gouvernement. Ces contreparties sont bien sûr un test de crédibilité important pour le gouvernement aux yeux de l’opinion.

–        En renouvelant ses propositions pour un gouvernement économique et un budget de la zone euro, ainsi que pour de convergences fiscales et sociales avec l’Allemagne, François Hollande montre clairement qu’il continue de lutter pour une Europe plus solidaire, dans laquelle les Etats coopèrent et s’entraident mutuellement plutôt que de se faire simplement concurrence. La participation du SPD au nouveau gouvernement allemand est à ce titre une chance historique, avec l’accord de principe obtenu pour l’instauration d’un salaire minimum universel.

–        La gauche ne doit pas avoir peur de réformer l’Etat et les collectivités locales. Une attitude trop conservatrice, trop protectrice du « mille-feuille » administratif, serait mal perçue dans une opinion qui demande plus de clarté et d’efficacité. A cet égard, il est louable que la « Modernisation de l’Action Publique » mise en route par le gouvernement ne consiste pas en des coupes budgétaires à l’aveugle comme à l’époque Sarkozy-Fillon. Mais davantage de clarté s’impose sur ce que doivent être les missions prioritaires de l’Etat. La gauche s’honorerait de mieux distinguer ce qui relève de l’investissement de long terme (éducation, université, formation, innovation) des dépenses de fonctionnement.

–        Enfin, il est clair que la compétitivité-prix (jouant sur le cout du travail) n’est pas suffisante pour redresser le modèle économique et social français. Un travail de fond est nécessaire pour « monter en gamme ». Avec les réformes de l’éducation, de l’université, de la formation professionnelle, ainsi qu’avec la Banque publique d’investissement, le gouvernement a mis en place des leviers de long terme de façon à ce que la réussite française s’appuie davantage sur l’innovation et le talent que sur les bas salaires et des droits sociaux au rabais.

Les annonces du Président de la République ne signalent donc pas un tournant idéologique. Elles consistent en l’accélération d’une politique de l’offre dans des circonstances particulières, faisant le pari que cela créera un choc de confiance. Elles n’empêchent pas le PS et la gauche d’afficher des ambitions renouvelées dans le domaine social et au niveau européen.

Renaud Thillaye

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.